Conseil en Immobilier d'Enseignement

Should I stay or should I go ?

Should I stay or should I go ?

Partir à la campagne ou rester en ville , la question de la localisation des campus a toujours animé les réflexions des écoles. Le cas des grandes écoles de commerce est particulièrement intéressant. État des lieux des approches historiques et des projets.

Cet article a été diffusé sur LinkedIn : https://www.linkedin.com/pulse/should-i-stay-go-nicolas-coiffait/

Quitter la ville : HEC lance le mouvement

Les fondateurs de HEC imaginaient à sa création d’installer la nouvelle école hors de Paris. Ainsi plusieurs rapports recommandaient une installation hors de la capitale. « En ce qui concerne nos futurs élèves, nous savons que pour être studieux, il faut n’être pas dérangé ; il faut s’appartenir et pouvoir suivre son travail. En conséquence, nous vous proposons d’installer notre école en dehors de Paris » (archives CCIP 1876). D’après le projet de fondation en France d’un Institut des hautes études commerciales, (1877), l’idée est alors de trouver une petite ville de province, peu éloignée de la capitale :

 ” Les élèves y trouveraient le recueillement nécessaire aux études sérieuses, et une existence en dehors des agitations de la politique ou de la vie des plaisirs ” (1877)

C’est pourtant bien à Paris – comme la plupart des grandes écoles de l’époque – que sera finalement inaugurée en 1881 l’Ecole des hautes études commerciales, dans des nouveaux locaux édifiés pour elle dans le 17ème arrondissement 108 boulevard Malesherbes au cœur de la plaine Monceau.

Aucun texte alternatif pour cette image

Mais au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’école souhaite se développer et réfléchit à s’étendre in situ ou à déménager. Le président de la CCIP relance alors l’idée d’une installation en banlieue :

” En dehors de Paris, ville surpeuplée, dans laquelle on respire mal et qui ne se prête pas, par son bruit et son mouvement, à des études sérieuses, les élèves seront placés dans des conditions de travail meilleures, notamment par le calme et l’aération.” (1954)

“Une telle implantation contribuera à une formation plus totale, sur le plan de l’épanouissement physique et sur le caractère. » (Archives CCIP, 1954, rapport sur le projet de transfert de l’école).

 Inspiré par les campus anglo-saxons, avec la volonté de moderniser l’enseignement et de créer un cadre de vie confortable, c’est finalement sur le site de Jouy-en-Josas en banlieue parisienne que sera installé le nouveau campus de HEC inauguré en 1964.

Maquette du campus d’HEC à Jouy-en-Josas. R. P. A. Coulon, architecte (Arch. CCIP, 2 Fi HEC 107 ; photographie : Jean Biaugeaud)

Maquette du campus d’HEC à Jouy-en-Josas. R. P. A. Coulon, architecte (Arch. CCIP, 2 Fi HEC 107 ; photographie : Jean Biaugeaud)

L’école HEC a été précurseur de ce mouvement de transfert de grandes écoles prêtes à quitter les centres villes pour s’installer sur des campus d’envergure dans des zones moins urbanisées. Ainsi l’EM LYON quitte en 1972 le centre ville de Lyon pour installer son campus à Ecully. Et l’ESSEC quitte Paris et la rue d’Assas en 1973 pour emménager dans la ville nouvelle de Cergy-Pontoise. Cette tendance concerne aussi de grandes écoles publiques d’ingénieurs à l’heure d’une politique de décentralisation et d’aménagement du territoire. Centrale quitte Paris et inaugure son campus de Châtenay-Malabry en 1969. Polytechnique quitte Paris et inaugure son campus de Palaiseau en 1976.

Mais cinquante ans après, le modèle présente certaines limites. Problèmes d’accessibilité, culture de l’entre-soi, manque d’ouverture au monde extérieur, forte empreinte environnementale notamment liée aux transports, moindre attractivité, … les défis sont nombreux et les campus excentrés sont parfois accusés de certains travers. Les campus doivent se réinventer.

Early makers hub 2022 : quand on arrive en ville

 L’EM LYON a fait un choix radical avec l’annonce récente de son départ prochain d’Ecully et son retour au cœur de Lyon. L’école a ainsi présenté en 2019 un projet d’envergure baptisé early makers hub 2022 et explique ainsi sa démarche :

 « La révolution numérique exige de reconnecter les lieux d’éducation aux mondes extérieurs, à la cité. Les données numériques n’ont plus de murs, les universités et grandes écoles ne doivent plus en avoir. C’est pour cela qu’elles doivent s’ouvrir. C’est ce défi que portera le early makers hub emlyon : devenir non pas une nouvelle cathédrale d’un savoir emprisonné, mais une cathédrale magnifiant les intelligences humaines pour répondre aux défis des 30 prochaines années » (source : Edito de Bernard Belletante, Dossier de Presse 2019)

Le choix de la terminologie est particulièrement évocateur : le projet n’est pas un campus mais un ” un hub hybride, vivant et flexible”, et c’est la ville qui devient campus :

” le early makers hub n’est pas un campus mais un lieu accessible et ouvert, au coeur de la cité et connecté au monde entier. Le quartier, la ville, la métropole, la région, l’Europe, le monde seront le campus des apprenants et des entreprises qui le fréquenteront demain.”

L’investissement représente 110 millions d’euros financés auprès de partenaires bancaires permettant à l’école de devenir propriétaire du bâtiment. Le projet retenu est celui conçu par le groupement mené par Altarea Cogedim et PCA-STREAM.

Aucun texte alternatif pour cette image

early makers hub 2022 – ©PCA STREAM

Ce projet est particulièrement révélateur de la façon dont la ville redevient désirable et essentielle pour l’animation, l’attractivité et la vie du campus. Mais d’autres acteurs ont fait le choix de rester sur site et d’imaginer une profonde rénovation de leur campus.

ESSEC « Campus 2020 » : imaginer la “Ville-Campus” internationale

Depuis sa création, l’ESSEC a ouvert un second site à La Défense, notamment pour l’executive education. Mais c’est bien sur son campus de Cergy que l’ESSEC mène un important projet de rénovation. Avec ce projet Campus 2020, l’ESSEC veut revoir la place qu’elle occupe au sein de Cergy-Pontoise en accentuant fortement l’ouverture et les interactions sur le territoire.

 Vincenzo Esposito Vinzi, Directeur général, explique qu’avec ce projet l’ESSEC souhaite « répondre aux nouveaux défis de l’éducation tant dans les modes d’apprentissage, les méthodes pédagogiques et les pratiques de recherche que sur la conception urbanistique des villes et l’intégration de leurs campus académiques. »

Dans cette perspective, le projet Campus 2020 comporte 4 axes stratégiques faisant la part belle à l’ouverture sur la ville et à la qualité de vie : reconception des circulations, création d’un nouveau Sports & Recreation center, transformation de la Tour “historique” en Research Green Tower dédiée à la recherche et création d’un Center for creative learning d’espaces pédagogiques innovants en interaction avec les entreprises. Le projet a été confié au cabinet Architecture Studio.

Aucun texte alternatif pour cette image

Les 3 nouveaux bâtiments du Campus ESSEC 2020 © Architecture Studio

Le budget est de 35 M€, dont 19M€ de financements publics et 16M€ qui feront l’objet d’une levée de fonds 2019-2020 menée par la Fondation ESSEC. Les travaux devraient débuter à partir de fin 2019.

HEC : un nouveau cœur pour faire battre le campus

Si l’ouverture d’une “HEC Factory” au coeur de la capitale a été étudiée, c’est bien le campus de Jouy en Josas qui porte un grand projet de transformation. Ainsi pour renforcer son développement, HEC a lancé en 2019 une campagne de levée de fonds « Impact Tomorrow », dont la rénovation du campus est l’un des 4 axes prioritaires identifiés. De premières esquisses ont été présentées à cette occasion, dessinées par l’agence d’architecture Wilmotte. L’idée est de capitaliser sur le campus existant et de lui rajouter une Agora imaginée comme un nouveau cœur vivant.

« Aujourd’hui, l’expérience campus fait clairement partie de l’identité de l’école. Il crée un esprit de communauté unique tout en proposant des conditions d’apprentissage exceptionnelles pour les étudiants. »

Cette Agora vise à apporter de la fluidité dans les parcours des étudiants et à se faire se croiser les étudiants MBA, les participants de l’Executive education et ceux de la Grande École. Les échanges entre professeurs et étudiants y seront favorisés en dehors des salles de cours. Ce nouveau cœur du campus veut répondre aux attentes de sociabilité, de mixité et de services de tous les étudiants. À la fois, cœur de campus et laboratoire d’innovation, l’Agora sera directement reliée à des lieux d’apprentissage modernes, modulables et collaboratifs, des espaces d’échanges connectés, placés au cœur de l’expérience d’apprentissage et du travail académique. Le montant de ce projet est de près de 65 M €, qui font partie de la campagne de levée de fonds 2019-2024 Impact Tomorrow menée par la Fondation HEC.

Aucun texte alternatif pour cette image

Campus HEC – Impact tomorrow © Wilmotte & Associés

Le défi de l’attractivité

Au delà de ces 3 exemples, on note une multiplication des projets de campus sur Paris/IDF portés par la plupart des écoles de commerce de province. Tous ces établissements sont engagés dans une compétition pour attirer davantage d’étudiants français et internationaux, d’enseignants, ainsi que d’alumni et de cadres en formation continue.

Plus que jamais le campus est aujourd’hui un levier fondamental de l’attractivité des établissements.

L’école Skema vient ainsi de dévoiler récemment son Campus Grand Paris, un projet d’envergurede 30 000 m² à Suresnes non loin de Paris La Défense.

“ Paradoxalement, à l’ère de l’IA et de l’économie numérique, le campus physique reste incontournable : c’est là que se font partages, échanges et co-construction. C’est également un lieu symbolique d’attachement à la marque où chacun se construit des souvenirs forts „

Alice Guilhon, DG de Skema

Ces projets de campus modernes et attractifs contribueront-ils à venir chambouler les classements des écoles ?

A suivre !

Aucun texte alternatif pour cette image

Vue du Campus Grand Paris de Skema ©DR