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Les écoles de management : vers un écosystème apprenant ?

Les écoles de management : vers un écosystème apprenant ?

A l’occasion de son congrès annuel, la Conférence des Grandes Ecoles a dévoilé début octobre 2019 son dernier Livre Blanc « De la business school à l’écosystème apprenant ».  Ce document écrit par des professeurs et collaborateurs d’écoles de management invite les écoles à questionner leur raison d’être, leur mission et les grands défis qui sont devant elles. Les défis sont immenses et multiples, des financements au business model, de la recherche de sens à la recherche académique, de l’intelligence collective à l’intelligence artificielle. En filigrane se pose également la question des campus et des espaces d’apprentissage. Ce Livre Blanc est consultable en ligne dans son intégralité. Voici des extraits portant plus précisément sur les enjeux liés aux situations d’apprentissage et aux espaces pédagogiques.

Repenser les espaces pédagogiques

« Dans un contexte VUCA (Volatility, Uncertainty, Complexity et Ambiguity), un mouvement de démultiplication des expériences d’apprentissage s’accélère et pose de nouvelles questions. Les espaces pédagogiques se doivent d’incarner les profondes transformations pour répondre aux enjeux actuels et permettre aux étudiants de devenir acteurs d’une société apprenante en devenir.

Du point de vue spatial, la conception de nos écoles et universités s’est structurée par une conception statique et formalisée, via des modèles plus adaptés aux enjeux économiques et démographiques qu’aux besoins pédagogiques et humains. Pendant des décennies les espaces pédagogiques ont été pensés essentiellement comme des locaux devant accueillir différentes activités ; de manière caricaturale, on trouvait :

  • des amphithéâtres accueillant des cours magistraux et donc de grands effectifs ;
  • des salles plus petites, dédiées aux travaux dirigés ou travaux pratiques, accueillant des groupes plus restreints et des activités plus pratiques, techniques (laboratoire, etc.) ;
  • une bibliothèque regroupant l’ensemble de ressources académiques nécessaires à l’étude et aux recherches.

Ensuite, différents services pouvaient – ou non – être proposés, comme de la restauration par exemple. Ils permettaient de créer une organisation de vie in situ. Progressivement cette conception a évolué, guidée par l’évolution des situations d’apprentissage et des modèles sous-jacents eux-mêmes dictés par les mutations sociétales à travers le temps.

L’arrivée d’Internet et progressivement la digitalisation de notre société ont bousculé l’ensemble des comportements avec, notamment, la dématérialisation des ressources, des échanges, etc. Désormais les barrières physiques tombent et des ponts apparaissent entre :

  • les acteurs (étudiants, professeurs, entreprises, autres parties prenantes) ;
  • les lieux (maison, bureau en entreprise, salle de classe, bibliothèque, classes virtuelles, les lieux de conférences, etc.) ;
  • les moments formalisés d’apprentissage et les moments dits « annexes » pouvant servir un apprentissage « informel » ou de mise en pratique de l’apprentissage.

Ainsi, le temps de travail d’un étudiant sur différentes tâches pédagogiques (apprendre, réviser, préparation orale, travail de groupe, lecture, recherche documentaire, etc.) se déroule majoritairement à l’extérieur de l’institution. On passe donc progressivement d’un espace pédagogique physique (historique) à un espace pédagogique multimodal, avec un niveau variable d’interdépendance avec l’espace physique. Il y a donc un élargissement progressif de la notion d’espace ; il devient immatériel, digital, ubiquitaire.

Penser un campus comme un lieu de vie global

Un campus est un milieu de vie où des personnes échangent, cohabitent et collaborent, dans des proportions qui relèvent parfois de la taille d’une petite ville. Les nouvelles approches student-centric (prise en compte des conditions d’apprentissage de l’étudiant mais également de ses besoins physiologiques et cognitifs) et l’appropriation actuelle de nouvelles méthodes pédagogiques ont permis d’envisager le campus comme un lieu global d’apprentissage ouvert et connecté.

“La salle de cours n’est alors plus envisagée comme un lieu fermé indépendant, mais davantage comme l’une des composantes uniques d’un environnement complet et partagé qui contribue à l’expérience d’apprentissage et au développement des compétences.”

Les espaces d’apprentissage formels – amphithéâtres, salles de classe et laboratoires d’enseignement – et les espaces plus informels : comme les espaces ouverts, les box de travail, mais aussi et pourquoi pas les espaces initialement destinés à une autre fonction (zone de restauration, gymnase, etc.) doivent être réfléchis de manière complémentaire et flexible.

Une étude effectuée par l’Université de l’Indiana (USA) a ainsi démontré que les espaces informels servaient principalement à la réalisation d’activités d’apprentissage initiées par les étudiants. Ainsi a-t-on vu émerger la notion de carrefours d’apprentissage ou de Learning Center (lieu définissant initialement une bibliothèque ouverte et multimédia offrant des services à l’étudiant ; aujourd’hui ils pourraient être plus largement définis comme des « espaces de travail flexibles et modulables qui favorisent l’échange entre pairs ». Il faut désormais penser l’ensemble du campus comme carrefour d’apprentissage favorisant ainsi toutes les formes de rencontres et d’échanges.

De plus, l’importance donnée par nos institutions à l’innovation pédagogique et à la diversité des approches requiert l’adéquation des lieux où se déroule la formation, en répondant à la fois aux besoins de l’étudiant (travail individuel ou en groupe, travail demandant de présenter, écouter, collaborer, créer, réfléchir, discuter, etc.) et du formateur (classe inversée, pédagogie active, cours magistral, etc. Un cours n’est plus un objet linéaire et répétitif : le lieu doit donc refléter tous les styles d’apprentissage.

Dans cet esprit, une institution pédagogique a ainsi tout avantage à développer une variété d’espaces, physiques et numériques, individuels et collectifs, publics et privés, et à mettre l’accent sur la polyvalence et l’importance des lieux informels.

Dans de nombreux établissements cette évolution a fait l’objet de comités (consultatifs ou exécutifs) composés de représentants des services internes mais également des professeurs voire d’étudiants.

Des rencontres internationales, comme par exemple l’innovative learning space summit, permettent aux institutions, chaque année, d’échanger spécifiquement sur ce sujet.

Aux États-Unis, depuis plus de 30 ans, le National Survey of Student Engagement (NSSE) est une référence pour les institutions, leur permettant d’évaluer différents indicateurs de l’expérience étudiante telle que la mise en place d’un niveau élevé d’exigences académiques, d’un apprentissage actif et collaboratif, d’interactions continues entre étudiants et enseignants ainsi que la création d’un environnement d’études stimulant. Si une telle étude n’existe pas en France, il n’en demeure pas moins que de nombreuses Grandes écoles ont mis en place des baromètres d’analyse de la satisfaction de l’expérience apprenant à la fois sur la qualité des cours mais aussi sur l’ensemble des critères de leur vie sur le campus. Ainsi un campus s’entend comme un espace global tant pour les étudiants de filière classiques que pour les étudiants en formation continue, ou en online. Il s’étend également de plus en plus à bien d’autres parties prenantes (alumni, entreprises, acteurs du territoire, etc.) en tant que lieu de partage de connaissances (alumni, refresher, conférences, etc.), de rencontres (forum entreprises, alumni networking, etc.), d’entraide.

Un lieu expérientiel au-delà du campus physique : le campus phygital

Cette réflexion sur la conception et le design des espaces ne se cantonne toutefois pas simplement à la conception physique du campus. Un campus est aujourd’hui également une expérience en ligne qui doit présenter les mêmes caractéristiques de polyvalence (un portail unique pour accéder à tous les services), de flexibilité (disponibilité 24/24, permettant d’étudier mais aussi d’échanger, de trouver des informations pratiques, etc.). Cette tendance se déploie notamment au travers de certaines edtech qui développent des outils d’authoring (comme Articulate ISpring, etc.), mais aussi par l’évolution des Learning Management System (LMS) en Learning and Content Management System pour que l’expérience sur les plateformes soit esthétique et user-friendly.

L’usage doit répondre à cette demande de flexibilité et aux comportements ATAWADAC (« Any Time, AnyWhere, Any Device, Any Content ») : responsivité, disponibilité des contenus permanente pendant et voire au-delà de la formation, interactivité entre participants et avec les professeurs (qui interroge sur la gestion du temps synchrone/asynchrone, (et sa valorisation) d’un cours pour un professeur), accessibilité, dans le sens anglo-saxon, c’est-à-dire permettant aux participants de choisir son format selon ses contraintes (par exemple daltonisme, déficience visuelle) mais aussi selon ses préférences d’apprentissage (visuel, sonore, etc.) comme par exemple avec Ally (logiciel d’accessibility disponible pour les LMS Blackboard ou Moodle). Au-delà, cela implique également pour les écoles de gérer de nouveaux apprenants dits fully online pour lesquels il est nécessaire de créer un lien d’appartenance malgré l’absence de présence sur un lieu physique partagé et auxquels il devient de plus en plus nécessaire (surtout pour les formations onlines diplômantes) d’offrir un ensemble de services complémentaires au-delà de la simple délivrance d’une formation en ligne, d’un diplôme ou d’un certificat.

Une conception augmentée de l’expérience

La prise en compte d’apprentissages non formels et informels doit également permettre de considérer le lieu d’apprentissage dans la totalité du territoire apprenant au-delà de l’école elle-même : les lieux de stage, de sport, de vie peuvent être intégrés dans cette vision comme autant de lieux d’expériences et d’occasions d’apprentissage à prendre en compte. »

L’intégralité de ce Livre Blanc est à retrouver sur le site de la Conférence des Grandes Ecoles :


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